Les écologistes ont une responsabilité incommensurable dans la crise que connaît l’Humanité. Non pas que nous soyons à l’origine des problèmes générés par l’empreinte écologique démesurée de la communauté humaine sur Terre, mais parce que nous avons les solutions à apporter, et depuis bien longtemps maintenant. Notre environnement, jusqu’ici bienveillant, se retourne contre nous, et se révèle aujourd’hui bien incapable de renouveler les ressources qui ont fait de notre planète un écosystème accueillant pour toutes les espèces vivantes. Et je dis bien toutes, car ce qui me préoccupe ce sont autant les conditions de vie de l’Humanité que la préservation de la biodiversité et le respect du vivant.

La biosphère ne supporte pas l’Anthropocène, cette nouvelle ère géologique que l’Humanité a provoqué en l’espace de quelques siècles de révolutions industrielles. La technoscience, la course aux profits, l’exploitation irrationnelle des ressources naturelles et le capitalisme sauvage ne sont pas une fatalité si tant est que l’on y oppose les sciences citoyennes, la course à l’éthique, l’économie circulaire et l’économie collaborative. C’est pourquoi il est de notre responsabilité de soutenir et renforcer la révolution culturelle qui est déjà à l’œuvre, en France comme ailleurs : nous ne détruirons le vieux monde qui nous asphyxie qu’en construisant les alternatives à même d’oxygéner notre démocratie essoufflée.

Scientifique de formation, j’ai la chance de pouvoir comprendre et expliquer pourquoi nous sommes à la fin d’un cycle. Et comme tant d’entre vous, je suis passionnée par les alternatives qui s’offrent pour enrayer un déclin qui nous mène inéluctablement vers des affrontements violents que nos enfants ne pourront que subir parce que nous n’avons pas su agir. Peut-être deviendront-ils eux aussi des réfugiés, errant en quête d’un nouveau monde qui leur apportera la protection nécessaire. Et peut-être se trouveront-ils face à des murs ou des barbelés, les mêmes que nous devons empêcher de construire aujourd’hui en répondant à la misère par plus de solidarité.

Le rapport d’Oxfam sur la répartition des richesses à l’échelle mondiale a révélé l’incroyable fossé qui n’a cessé de se creuser pour séparer l’Humanité en deux groupes : les 62 personnes les plus riches possèdent autant que la moitié de l’Humanité et 1% de la population détient plus de richesses que le reste du monde. Il est impensable de croire que nous pourrons réaliser une quelconque transition écologique dans un monde pareil, la répartition des richesses est non seulement un objectif mais un moyen de financer la transition écologique. Cette question de répartition doit aussi être appliquée à la lutte contre le dérèglement climatique : les responsabilités des pays sont différenciées, il faut donc que la bataille du climat se fasse au nom de la justice sociale.

Ces enjeux, ces défis, je les connais bien: ils m’obligent chaque jour à trouver la force nécessaire pour dénoncer les mensonges des lobbies et la corruption – active ou passive – qui gangrène nos institutions. Depuis que je me suis engagée en politique, il m’a toujours tenu à cœur de répondre aux attentes de celles et ceux qui ont placé des espoirs en moi, de devenir leur porte-voix, comme tant d’autres élu-e-s écologistes. Nous pouvons être fiers d’être les relais des préoccupations écolo-citoyennes dans nos territoires, et de les exposer à l’opinion publique et au plus haut niveau des institutions, non parce que c’est notre devoir d’élu-e…mais parce contrairement à d’autres, il nous semble juste de soutenir celles et ceux qui se battent pour l’intérêt général, pour la défense de notre environnement et donc de notre santé.

C’est d’ailleurs de la protection de la santé publique et de la dénonciation du mensonge qu’est né mon engagement politique. Comme tant d’autres en 1986, suite à l’accident nucléaire de Tchernobyl, j’ai douté de la vérité que le gouvernement français nous imposait: « le nuage radioactif s’est arrêté à nos frontières ». Quand j’en parle aux jeunes aujourd’hui, ils sourient et n’arrivent pas à comprendre comment les Français-es ont pu accepter un tel mensonge. Sauf qu’à l’époque personne n’était en capacité de contester la parole officielle puisque les données radiologiques étaient confidentielles, pour ne pas dire secret défense. C’est en constatant que les États voisins avaient pris des mesures pour protéger la santé de leur population que j’ai confirmé mes craintes à l’égard de cette « vérité officielle ». En tant que Professeur agrégée de biologie et avec l’appui de citoyens, nous avons décidé de créer un laboratoire indépendant de mesure de la radioactivité : la Criirad. Mesures à l’appui, la France entière a pu découvrir à quel point le lobby nucléaire – avec la complicité de l’État – conditionnait non seulement notre politique énergétique, mais aussi notre droit à la santé. Aujourd’hui, l’État ne veut toujours pas reconnaître les victimes de ce mensonge et les milliers de cancers de la thyroïde que l’omerta a provoqués. L’industrie mortifère qu’est le nucléaire n’a pas sa place sur Terre et ce d’autant plus qu’elle est la justification civile de l’armement nucléaire auquel elle est directement liée.

Des pressions, comme vous vous en doutez, j’en ai subi. Si certains imaginent ou veulent faire croire que je n’ai pas les épaules pour porter l’écologie lors de l’élection présidentielle, je crains qu’ils se trompent. D’autant plus que mon parcours illustre aussi bien ma volonté farouche que la cohérence de mes propos. Des mandats locaux que j’ai pu exercer à la direction de Greenpeace France, en passant par les rangs de l’Assemblée nationale et du Parlement européen, j’ai sans conteste mis ma persévérance à l’épreuve des arcanes du pouvoir. Et je n’ai jamais rien lâché face à la volonté de me faire taire, même quand la bataille semblait perdue d’avance.

Si j’ai toujours suivi cette ligne c’est parce que nous avons toutes et tous une part de responsabilité : le nier c’est laisser les autres choisir pour nous. Et je n’envisage pas un instant que mes combats furent vains. De la lutte contre les OGM à celle contre les gaz de schiste, de la protection des électrosensibles à celle des victimes des scandales sanitaires, de la promotion de la phagothérapie face aux risques de l’antibiorésistance au rejet des adjuvants toxiques dans les vaccins, je m’emploie à contredire scientifiquement les intérêts d’industries voraces, de lobbies dépassés. Avec pour horizon la défense des lanceurs d’alerte qui portent ces préoccupations au sein du débat public.

Bien sûr, nous devons « lutter contre », c’est ce que nous faisons depuis longtemps avec un certain succès. Mais la société attend de notre part des solutions pour ne pas se résigner. Et l’écologie en action est la solution. Les entrepreneurs de l’économie sociale et solidaire, les artisans des circuits courts, les ingénieurs de la transition énergétique : tous ses faiseurs de possible participent au réenchantement d’un monde devenu atone. La résignation ne fait pas partie de notre ADN, et c’est pourquoi nous accompagnons cette transition dans notre action politique et législative. Le monde de demain existe déjà, il est en construction et nous avons chacun notre pierre à y apporter.

Depuis le Grenelle de l’environnement, les conférences environnementales se sont succédées avec les mêmes effets d’annonce mais sans aucune action. À tel point que la France est l’un des pires élèves européens en matière d’énergies renouvelables, que nous sommes le premier consommateur de pesticides, que notre politique de transports se fait au bénéfice d’une facture pétrolière galopante et de projets d’infrastructures qui bétonnent des terres fertiles ou des écosystèmes uniques. Il est difficile de s’étonner d’un tel constat quand l’on connaît le sort réservé aux Ministres de l’écologie pendant le quinquennat de François Hollande : Nicole Bricq a été débarquée pour avoir voulu s’opposer à des forages pétroliers offshore en Guyane. Delphine Batho parce qu’elle a commis le crime suprême de s’indigner de la baisse de la dotation budgétaire de son ministère. Et puis, il y a aussi eu Philippe Martin, celui dont on n’a finalement jamais vraiment entendu parler. Poids lourd politique du PS, Ségolène Royal aura en vain tenté de créer du rapport de force, mais sans mettre sa démission dans la balance il ne faut pas s’étonner que Manuel Valls ait décidé à sa place. Le dossier des boues rouges, que je suis depuis des années maintenant, en est la triste illustration, par ailleurs cautionné par quelques écolos zéros que nous sommes bien contents d’avoir vu partir loin de nos rangs.

Je souhaite que cette élection présidentielle soit l’occasion de nous adresser à l’intelligence collective plutôt que flatter les bas instincts avec des propositions aussi populistes qu’irréalistes. Il faut enrayer la peur du lendemain qui pousse nos individualités dans leurs derniers retranchements et révèle le pire de la nature humaine. Le revenu de base est d’ailleurs une solution pour contrer l’anxiété de celles et ceux que l’on force de pointer à Pôle Emploi alors qu’aucun job ne correspond à leurs qualifications, c’est pourquoi il fera partie des propositions que je soutiendrai dans la co-élaboration de notre programme. Tout comme la lutte acharnée contre l’évasion fiscale, qui doit être une priorité pour récupérer les milliards d’euros qui font défaut à l’Etat afin que chacun puisse vivre dignement, dans le respect de l’équilibre budgétaire.

Agir local, penser européen pour changer la donne au niveau mondial, c’est le crédo que je défendrai. La France seule ne pourra pousser le reste du monde à encadrer l’économie mondiale, la France seule ne saura être un horizon suffisant pour affronter les défis du XXIème siècle.

L’électrochoc du Brexit doit réveiller le cœur de l’Europe et ses valeurs fondatrices sinon l’ensemble du continent finira en état de mort cérébrale. L’Europe était un rêve, il faut se réveiller pour qu’elle ne devienne pas un cauchemar. Chaque État membre doit prendre ses responsabilités pour renouveler l’espoir insufflé par la construction européenne. Et pour se faire, il faut revoir le fonctionnement et les politiques de l’Union européenne, sinon les populismes de tous bords continueront de puiser dans ce terreau fertile qu’est la complexité décisionnelle européenne. Il est temps d’arrêter la démagogie et de cesser d’attribuer à l’Europe les torts des États membres : il n’y a rien qui fasse plus de mal à l’idéal européen que les égoïsmes nationaux.

La crise de l’Europe est liée à la crise de notre système économique : la solidarité ne coûte pas chère dans une Europe prospère. Mais cette crise a elle-même été aggravée par une crise bien plus grave : celle de notre système moral. Les citoyens européens sont écœurés de constater chaque jour que rien n’est fait pour desserrer l’étau des lobbies qui ne cherchent qu’à favoriser des intérêts privés. Ils sont lassés de voir que la fraude fiscale reste toujours impunie. Ils sont fatigués de l’Europe de la Troïka, qui sans aucune légitimité démocratique étouffe les peuples, en Grèce, en Espagne et ailleurs.

La conséquence est une peur de l’autre qui prend des proportions effrayantes. Et certains s’amusent à la transformer en haine faute d’avoir le courage de transformer le système qui nous épuise. Ces alchimistes de l’inhumanité ont aujourd’hui une lourde responsabilité dans le renversement des valeurs européennes : nous sommes passés d’unis dans la diversité à punis dans l’adversité.
Pour finir, je tiens à ce que cette primaire soit l’occasion de revitaliser l’écologie politique en France, c’est une opportunité que nous devons saisir collectivement pour asseoir une base solide et structurée à notre mouvement. C’est d’autant plus nécessaire que cette dynamique collective doit nous servir pour que les élections législatives soient un succès pour l’écologie. Chacun de nous, élus et militants devons rallier nos réseaux et notre entourage aux troupes du peuple de l’écologie. Comme Karima, Yannick et Cécile j’ai à cœur de convaincre le maximum de personnes de nous rejoindre dans l’élan que suscitera cette élection présidentielle. Et je m’engage à soutenir activement, celle ou celui qui remportera cette primaire.

Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin : nos différences nous unissent, notre diversité nous renforcera dans l’adversité. Et nous savons toutes et tous que les ennemis de l’écologie souhaitent nous voir divisés. Montrons que la politique reprend ses droits pour construire ensemble un monde plus solidaire, plus écologique, plus humain. Préférons la vie à la survie, l’avenir partagé au déclinisme, la sobriété heureuse au toujours plus, l’amour à la haine.